Le secret des affaires pour le Corporationnisme

Le Parlement Européen a adopté la directive sur « le secret des affaires », qui exposera à des procès les journalistes travaillant sur les affaires économiques (cf. l’article du Monde)

Fini le capitalisme, on se réveille désormais dans le Corporationisme, le « féodalisme du savoir ». C’est une erreur de plus : je me demande pas si celui-ci n’est pas une erreur fatal; le sujet du « secret des affaires » semble pas très visible ni important pour une personne physique, pourtant par la conséquence on établit un système de dictature des corporations avec l’avantage sur la société civile. C’est très mauvais: dé facto on ne peut plus parler de démocratie parlementaire ou même présidentielle dans un tel état des choses.

C’est quand tout choquant, je n’aurais pas pensé qu’une loi aussi liberticide pourrait passer dans quelconque parlement. On vit dans une fiction désormais semblable au Haut Empire romain, seule différence, « nos consuls » sont largement plus faibles qu’Octave Auguste.

Le secret des affaires pour qui ?

Protéger l’intérêt étatique et ses secrets = oui, c’est une rôle régalienne dans le cadre de la fonction d’état, protéger l’intérêt individuel d’une personne = oui, c’est un droit de l’homme de posséder ses secrets;

Et pour une société privé ? Je n’en pense pas: l’intérêt de la société privé (et surtout des multinationaux, mais on peut généraliser à des personnes morales, non étatiques à but lucrative) est inférieur à l’intérêt des gens et l’intérêt étatique (donc selon principe: des gens aussi), la perte d’information économique ou d’autre fait partie du risque normal associée à l’activité économique: ça s’appelle le capitalisme. Il est associée intrinsèquement à la prise de risque financier.

Par ailleurs, les sociétés ont déjà un code de la propriété intellectuelle, lequel ils abusent sans pitié. Ce loi leur donne un outil de plus pour abuser la position monopoliste.

Les PME ont rarement une information secrété si avantageuse sur des marchés, si c’est la propriété intellectuelle particulière, elle peut être breveté, la marque peut être déposé ou encore c’est protégé par les copyrights. Ils n’ont pas besoin d’un loi de plus; je suis persuadé que ce loi sert avant tout à protéger des multinationaux.

Quel rôle de l’UE en tant que l’organisme supranational ?

Et l’UE dans tout ça ? Elle me rappelle désormais le « grand empire romain germanique » du haut moyen âge avec de fait une puissance théorique, faible, grand, de l’apparence puissant et très civilisé. Dans cette vision les corporations remplacerait les états nationaux en termes d’importance. Sachant que des corporations sont en fait des dictatures.

L’UE en tant que construction intellectuelle de la civilisation européenne et une réalité n’y est pour rien, elle en subit des conséquences. Par contre une certaine idée du monde incarné par la classe politique (et « l’élite » industrielle) actuelle en est responsable. La sortie de cette situation me parait très difficile et ce qui est claire, quasi-totalité de la classe politique du « mainstream » et aussi des « alternatives » (pour certains) a cessé de représenter la population des pays européens. De fait, la population se trouve sans représentation. D’où on trouve des « sans dents », des indignés ou des autres, qui sont énervés mais ils n’ont pas fait apparaitre des leadeurs nouveaux pour l’instant.

Jusqu’à cette directive il y avait des contrepoids de 4eme pouvoir voire des 3 autres. Désormais c’est fini : les affaires du genre « Panama Papers » vont être tous uniquement un élément de la bataille politique entre les corporations plutôt que même les hommes politiques (ceux-ci étant soit des créatures des corporations directement soit leurs marionnettes – par « consanguinité » entre « les hommes d’état » et « les hommes de corporation »). Le problème du Corporationisme c’est qu’on traite un processus historique lent que l’opinion publique ne voit pas bien car le concret du processus se perd dans les évènements moins importants d’ambiance générale. Je pense qu’il sera fatal pour notre civilisation européenne.

Pas que l’UE, la France aussi

La directive de même genre était proposé en France aussi (cf. article de Libération), par contre le fait que ceci a passé au niveau européen en tant que directive (donc à appliquer par tous les autres états) verrouille ce dérive systémique. Même si les états et l’UE sont pro forma démocratiques, cette directive, au travers de système sensu stricte démocratique renforce la dérive dictatoriale globale dans un sens nouveau « de la dictature des corporations », qui sortent ainsi plus forts par rapport à l’état/l’UE et donc la souveraineté du peuple.

La faiblesse de la représentation du peuple

On a impression qu’il n’y a plus personne sur le bateau, en ce qui concerne le parlement européen, il y a eu une « sélection négative », c’est souvent le purgatoire politique pour certains, un point de chute aux autres, bref, pas vraiment une finalité en soi, et dans les pays de l’UE ce n’est pas mieux: si ce ne sont pas des « chiens enragés » (genre Berlusconi, Sarkozy ou encore Orban, et beaucoup des politiciens récents en Pologne – des gaffes de Waszczykowski risquent d’entrer dans le bêtisier de l’histoire), d’autres ce sont des incapables, ce que Napoléon appelait « de la merde dans un bas de soie », ils ont peut être fini « les meilleures grandes écoles », genre ENA, Science Po ou d’autres, mais ils n’ont aucune capacité de la prise de décision, c’est visiblement quelque chose qu’on ne peut pas apprendre à l’école, par contre, la sélection négative fait qu’il y en a beaucoup des gens de ce genre, notamment en France (je pense de Hollande et lui semblables), mais aussi au niveau de l’UE (Mogherini, elle est une catastrophe), et aussi en Pologne (monsieur Petru de Nowoczesna.pl se posant en sauveur de la démocratie et … qui vantait des mérites des crédits en francs suisses en Pologne avant que celui-ci ne monte pas en flèche … laissant plein des familles couillonnés avec leurs crédits immobiliers)

Merkel a peut-être des idées (et elle semble de croire dans une certaine idéologie et s’y tenir), mais elle parle d’une manière incompréhensible à la majorité des européens, elle ne peut pas parler aux autres européens comme si elle parlait aux Allemands : ça ne marche pas tout simplement. Et il n’y a personne d’autre en Europe avec un ombre semblant d’autorité, c’est une catastrophe.

Dans tout ceci le pouvoir sensiblement a glissé vers le grand capital, incontrôlable par l’appareil politique. Et le système qui est promu (et qui a avancé dans les dernières deux décennies sensiblement) par des lobbyistes de ces boites, et leur management est très mauvais pour la démocratie et souveraineté du peuple.

Que faire ?

Il faut agir contre ce type de lois avec tous les outils à la disposition de la société civile (appeler aux représentants, députés, faire des manifestations, pétitions, articles dans la presse, des conférences, etc.).

J’ai également le sentiment qu’il faudra institutionnaliser la séparation entre les « hommes d’état » et les « hommes des corporations ». De même manière qu’on demande une déclaration de propriété des candidats aux postes politiques ou dans la règle de séparation des pouvoirs (judiciaire, exécutive et législative) : il faudra demander une justification de non intérêt, absence de lien fort avec les corporations. Aujourd’hui trop souvent ces deux mondes se chevauchent, provoquant la situation menant à la corruption. Un manager d’une corporation en devrait automatiquement être privé de possibilité facile de devenir un politicien, et vice versa pour diminuer la probabilité d’un conflit d’intérêt et d’une corruption étendue, implicite.